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Démocratiser l’analytique : pour en finir avec la ségrégation entre les disciplines

Mal perçue et mal utilisée, l’analytique est souvent considérée comme une activité à part dans l’entreprise. Pourtant, les informations recueillies doivent être de plus en plus précises pour permettre aux entreprises d’augmenter leur rentabilité. Pour cela, l’analytique est indispensable, mais il revient aux analystes de la faire accepter.

Par Thornton May

Dans de nombreuses entreprises, l’analytique (la discipline) et les analystes (ceux qui la pratiquent) ont tendance à rester sur la touche, sur les plans financier, opérationnel et stratégique. Cette situation doit changer. L’analytique permet de déterminer le meilleur chemin vers une augmentation de la rentabilité et vers le succès. Les futurologues et les prédicteurs de tendances s’accordent à dire que l’environnement de demain exigera une précision, au dixième près, de l’évaluation de la qualité des produits, des fonctionnalités et des services, ce que seule une solution analytique informée, innovante et efficace peut garantir. Nos collègues les plus proches et les personnes travaillant au sein de nos réseaux les plus critiques sont généralement convaincus que l’analytique doit à tout prix être intégrée au code génétique de toutes les entreprises de la planète. Malgré cette conviction, et en dépit des preuves qualitatives et quantitatives de sa nécessité, l’analytique continue à rester en marge.

Pour quelle raison, et que pouvons-nous faire pour y remédier ? Dans ce monde sans frontières, comment nous sommes-nous retrouvés emprisonnés ? Les sciences sociales actuelles nous apprennent que nous entrons à peine dans la quatrième ère de la civilisation humaine, après les ères agraire, industrielle et informatique. Dans le même temps, les technologues nous voient entrer dans l’ère du Web 2.0 et des TIC 3.0. Avant, le Web tournait autour des sites, des clics et des « pages vues », tandis qu’aujourd’hui, on ne parle plus que de communautés et de collaborations. Les TIC versions 1.0 et 2.0 étaient pensées en termes de machines et de réseaux. L’informatique décisionnelle 3.0 permettra de collecter des données issues de multiples sources, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’entreprise, de les analyser et de les appliquer à de multiples objectifs, à l’intérieur et à l’extérieur de l’entreprise.

Si nous nous mobilisons, le futur nous appartiendra, à nous les analystes. Nous devons devenir plus mobiles et plus visibles dans tous les domaines que nous touchons. Pour le dire simplement, nous devons sortir plus souvent. Nous devons quitter nos cages hiérarchiques pour aller nous promener. Plus question d’attendre que le téléphone sonne ou que les données nous arrivent. Nous devons déterritorialiser notre discipline. La théorie organisationnelle insiste sur l’importance des frontières entre l’entreprise et son environnement, entre les différents services, entre les individus et leurs tâches. De hauts responsables d’entreprises hyper-performantes comme Boeing, Unilever ou Procter & Gamble n’hésitent plus à dire publiquement que le succès de leur entreprise nécessite un élargissement de ces frontières. Prenons l’exemple des grands vainqueurs de la première vague du Web 2.0 : Flickr, Wikipedia, Blogger, Epinions, Google Maps, MySpace ou Craigslist.

Qu’est-ce que tous ces sites ont en commun ? Ils ont su transcender la frontière qui existait entre eux et le reste du monde. Tandis que leurs concurrents (aujourd’hui oubliés) lançaient des sites, eux créaient des communautés. Les vainqueurs sont ceux qui savent parler à leurs utilisateurs. Les perdants sont ceux qui restent dans leur pré carré. À l’avenir, le succès de l’analytique et des analystes passera aussi par un élargissement des frontières et par la création de communautés.

Créer une culture de l’analytique

L’analytique est difficile. Je ne veux pas dire difficile intellectuellement, je parle de difficultés sur les plans organisationnel et culturel. L’un des paradoxes du monde dans lequel nous vivrons bientôt est que nous, les analystes, devrons commencer par améliorer nos capacités culturelles pour être capables d’utiliser pleinement nos capacités quantitatives. Nous allons devoir créer une culture de l’analytique. C’est à nous de devenir des « Dr Frankenstein » et de créer cette culture.

Comment définir la culture ? La définition formelle que j’utilise souvent a l’intérêt de la simplicité : la culture d’entreprise correspond à « l’ensemble des attitudes, des valeurs, des pratiques et des objectifs communs qui caractérisent une entreprise ». Quelle que soit notre définition, la culture actuelle de nombreuses organisations positionne et utilise mal l’analytique, et c’est très regrettable. Pour réussir à modifier notre culture, nous devons changer la perception qu’a l’entreprise de l’analytique et des analystes.

 

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BIOGRAPHIE
THORNTON MAY

Expert en technologies de l’information et journaliste, Thornton May est chroniqueur pour le magazine Computerworld, mais il est régulièrement publié dans d’autres titres prestigieux : la Harvard Business Review, le Financial T imes, le Wall Street Journal, Business W eek…
Titulaire d’un master en Science of Industrial Administration obtenu à l’université de Carnegie Mellon, il dispose également d’un diplôme de premier cycle d’études asiatiques du Darmouth College. Thornton May enseigne à la Anderson Graduate School of Management sur le campus d’UCLA, à la Haas School of Business à l’UC Berkeley, et à l’université Carnegie Mellon.

 
Cet article est paru en juin 2008 extrait du magazine SASCOM France n°3
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