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Solvabilité II : conformité et avantage compétitif

La crise économique actuelle et l’entrée en vigueur prochaine de la réglementation Solvabilité II risquent d’entraîner des changements considérables dans la manière dont les compagnies d’assurance évaluent les risques.

PAR STUART ROSE

Crise économique, nouvelles réglementations et environnement fortement concurrentiel, pour faire face à ces évolutions, les compagnies d’assurance doivent évoluer à leur tour. Alors que le concept fondamental de l’assurance est le risque, peu de sociétés d’assurance ont une véritable stratégie de gestion de cette problématique. La future réglementation de l’Union européenne, Solvabilité II, y remédiera en obligeant les compagnies d’assurance à mettre en place un système de gestion des risques. Mais Solvabilité II peut et doit représenter une occasion d’aller plus loin que la seule conformité. Pour les entreprises, c’est une opportunité de transformer leur activité en mettant en place un système de gestion des risques de l’entreprise (Enterprise Risk Management ou ERM) pour acquérir un avantage concurrentiel. Solvabilité II consiste en un réexamen fondamental du régime d’adéquation du capital de l’industrie européenne des assurances. Cette réglementation cherche à garantir la stabilité financière des compagnies d’assurance, en tenant compte de l’actif et du passif de l’assureur. Solvabilité II devrait aider les régulateurs à protéger plus efficacement les intérêts des assurés, en réduisant la probabilité d’un défaut de prévoyance. Elle devrait également faciliter l’implantation des entreprises dans toute l’UE en harmonisant des exigences locales, encore hétérogènes aujourd’hui.

Les trois piliers de Solvabilité II

Le cadre Solvabilité II actuellement développé repose sur trois piliers.
Le pilier 1 définit un standard de valorisation pour l’actif et le passif, et détaille les exigences de fonds propres que les entreprises devront respecter pour faire face aux risques des assurances, du crédit, du marché et du fonctionnement. Les exigences de fonds propres peuvent être calculées grâce à une formule standard ou, si l’entreprise obtient l’approbation du régulateur, en utilisant un modèle interne.
Le pilier 2 correspond au processus de revue par le régulateur. Il se concentre sur l’évaluation de l’adéquation entre les capitaux et les systèmes et processus de gestion des risques. Les régulateurs pourront décider qu’une entreprise doit disposer de plus de capitaux pour couvrir les risques qui ne l’ont pas convenablement été par le pilier 1.
Quant au pilier 3, il a pour objectif de mettre à profit la discipline du marché en obligeant les entreprises à publier certains détails portant sur leur gestion des risques et des capitaux.

Mise en place complexe

Si l’on peut dire de Solvabilité II qu’elle est le « Bâle II des assureurs » en raison de similitudes entre le cadre et les mesures de ces deux directives, Solvabilité II pourrait se révéler nettement plus complexe, en raison du défi représenté par la validation du modèle interne. De plus, l’UE s’est considérablement étendue depuis la mise en place de Bâle II, et la nouvelle législation affectera donc plus de pays. Cependant, les compagnies d’assurance ont beaucoup à apprendre de la manière dont les banques ont implémenté Bâle II. L’un des plus grands défis auquel les banques avaient dû faire face n’était pas le calcul des exigences de capitaux, mais la cohérence et la qualité des données disponibles pour effectuer ces calculs.

Franchir le cap de la gestion des risques de l’entreprise

La plupart des compagnies d’assurance envisagent de ne pas se limiter à Solvabilité II et de lancer leur entreprise dans d’autres projets de gestion des risques. L’ERM constitue une approche holistique du risque : il mesure les risques impliqués par les décisions marketing, les changements de processus, la stratégie et d’autres décisions quotidiennes. On peut considérer Solvabilité II comme un « ERM allégé », car elle se contente de calculer le risque associé aux liquidités d’une compagnie d’assurance, en utilisant une formule standard pour toutes les entreprises. Mettre en place l’ERM comporte beaucoup d’avantages par rapport à une simple mise en conformité avec les exigences de Solvabilité II, notamment des avantages concurrentiels. Par exemple, un meilleur alignement des besoins en capitaux avec le profil de risque permet aux assureurs d’offrir des produits innovants et une tarification plus compétitive. Le succès de la mise en place de Solvabilité II, et plus généralement de la gestion des risques, dépend du volume, de la disponibilité et de la qualité des données. Les assureurs ont la réputation d’employer de nombreux systèmes anciens, utilisant des bases de données et des systèmes d’exploitation hétérogènes. La capacité à consolider des données issues de plusieurs systèmes opérationnels peut donner lieu à des problèmes de qualité des données. Pour Solvabilité II, l’important est le risque global. Ce n’est que lorsque les assureurs combinent des données issues de leurs divers systèmes, en corrigeant les incohérences et en stockant les informations propres dans un centre de stockage dédié au risque, qu’ils peuvent estimer le risque global.

Des évolutions fortes pour le secteur

Il est prévu que Solvabilité II entraîne une consolidation du marché, en particulier pour les petites et moyennes compagnies d’assurance. Les entreprises qui sauront mettre en place des stratégies efficaces de gestion des données afin d’augmenter leur efficience et le nombre de leur clients seront les plus susceptibles de survivre à ces activités de fusion et acquisition. De plus, l’augmentation du nombre de fusions et d’acquisitions accélère considérablement la globalisation du secteur des assurances. L’impact de Solvabilité II ne se limitera pas à l’Europe : il touchera d’autres régions du monde. On s’attend à ce que cette réglementation, avec la gestion des risques de l’entreprise, ait un impact significatif sur le secteur des assurances dans les années à venir. D’ici à 2012, toutes les sociétés d’assurance travaillant au sein de l’UE devront se conformer à Solvabilité II. Celles-ci doivent commencer à se préparer à cette initiative dès aujourd’hui, en mettant en place une stratégie de gestion des risques basée sur une plate-forme complète de gestion des données et en consolidant leurs capacités de modélisation grâce à un référentiel flexible. Ainsi, les compagnies d’assurance seront en conformité avec la législation, tout en bénéficiant d’une grande stabilité et d’un avantage concurrentiel.

Cinq questions à se poser sur le risque :

  • Pouvez-vous évaluer l’impact des décisions individuelles de chaque entité sur le risque total de l’entreprise ?
  • Votre entreprise paraît-elle sous-valorisée par rapport à celles de vos concurrents ?
  • Savez-vous identifier un risque selon la zone géographique, l’entité ou le segment de marché des capitaux ?
  • Vos besoins en capitaux ajustés aux risques sont-ils une bonne indication de vos fonds propres ?
  • Pouvez-vous ajuster votre contrôle des risques au marché ?

En savoir plus :
SAS® pour l'Enterprise Risk Management (ERM)

 

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Cet article est paru en mai 2009 extrait du magazine SASCOM France n°6