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« Les banques n’ont pas toujours les bons outils de mesure du risque »

De mémoire d’économistes, on n’avait pas vu un tel séisme financier depuis la grande crise de 1929. Pourtant, une meilleure gestion du risque, facilitée par des solutions d’informatique décisionnelle et de business intelligence, aurait permis de détecter les signaux d’alerte, et peut-être de mieux gérer cette crise. Explication avec Jean-Baptiste Bellon, analyste financier.

Par ÉRIC ALLERMOZ

Comment est née la crise financière, bancaire et économique que nous traversons actuellement ?
Jean-Baptiste Bellon : Cette crise est le fruit d’une politique monétaire très laxiste de la part des États-Unis, engagée au début des années 2000 et caractérisée par de faibles taux d’intérêt. Cette politique s’est traduite par un développement très marqué des crédits. Mais dès 2004, la mécanique s’épuise, et de nouveaux produits attractifs mais risqués apparaissent sur les marchés : ce sont les fameux subprimes (crédits hypothécaires à prime de risque, avec des taux variables) ou les crédits à la consommation gagés sur l’immobilier, qui sont destinés à des ménages pauvres, et donc peu solvables. Et lorsque la réserve fédérale américaine décide d’augmenter ses taux directeurs pour limiter l’inflation, les mensualités des ménages explosent, tout comme le nombre de logements à vendre, et les prix de l’immobilier s’effondrent. La bulle immobilière et financière se fissure pour finalement éclater en septembre dernier.

Pourquoi cette crise s’est-elle ensuite propagée au monde entier ?
JBB : Née aux États-Unis, cette crise a en effet une dimension mondiale. Le système financier américain et mondial a vécu avec l’idée que la dispersion du risque auprès de nombreux acteurs mondiaux le rendrait moins dangereux. Un tel transfert du risque a engendré la perte de la traçabilité des opérations. Au niveau mondial, les plus grands établissements financiers se sont donc retrouvés impliqués dans ces actifs toxiques.

Qui sont les responsables de cette défaillance ? Le système financier ou ses acteurs ?
JBB : Les responsabilités sont partagées. Ce qui est sûr, c’est que les investisseurs américains ainsi que les banques d’investissements de Wall Street et de la City se sont lancés dans une quête permanente de rendement sans risques et rémunérateur. Sans oublier le défaut de régulation des acteurs financiers américains, au point de créer une sorte de système bancaire de l’ombre. Les équipes de management des banques ont, quant à elles, adopté une vision d’ensemble de leurs activités, et non pas unité par unité. Elles n’ont donc pas vu les potentiels signaux d’alerte précurseurs de dysfonctionnements, puisque leur banque continuait à gagner de l’argent.

Les banques auraient-elles pu mieux anticiper ces risques ?
JBB : Les banques ont modélisé de nombreuses situations anormales. En revanche, aucun scénario simulant une crise des liquidités telle que nous la traversons aujourd’hui n’a été envisagé. Cette crise pose plusieurs questions, notamment sur la manière dont il faut mesurer les risques, quelles informations faut-il posséder, etc.

Des solutions d’informatique décisionnelle ou de business intelligence les auraient-elles aidées à prévenir cette crise ?
JBB : On peut en effet imaginer que des outils de veille informatique, des systèmes de surveillance et de supervision auraient été de nature à prendre en compte la gestion d’une large palette de risques, et alerter ainsi les risk managers sur une potentielle pénurie de liquidités. C’est en tout cas une solution parmi d’autres pour éviter de voir se développer des risques potentiels, et contrôler la dispersion des informations au sein de l’entreprise. La question se pose au niveau des banques, mais aussi au niveau des régulateurs de chaque système bancaire.

Ces solutions sont-elles d’ores et déjà exploitées dans les banques ?
JBB : Les banques françaises ont aujourd’hui une connaissance accrue de leur clientèle. Mais les risk managers ne disposent peut-être pas toujours des bons outils de mesure et de pilotage des risques. Le marché de l’analyse des risques semble encore aujourd’hui peu ciblé par les éditeurs. Il y a pourtant de réelles opportunités de croissance pour ceux qui proposent des solutions innovantes. Par ailleurs, le contexte politico-économique et réglementaire actuel impose des changements au secteur financier mondial.

Quels sont les enjeux sous-jacents au développement de ces solutions ?
JBB : Quelle que soit sa nature (opérationnel, de crédit, de réputation, juridique…), le risque est aujourd’hui un calcul en constante mutation. Pour le prévenir, les entreprises doivent désormais être capables d’en intégrer toutes les dimensions, d’évaluer et de gérer les sources de danger, d’analyser le maximum d’informations dont elles disposent pour optimiser leur processus de pilotage du risque. Les risk managers seraient capables de contrôler les risques en temps réel, tandis que les analystes peuvent mettre à profit les données du marché récoltées depuis le début de la crise pour « nourrir » des modèles quantitatifs qui devraient alimenter leurs réflexions.

Une nouvelle crise financière serait-elle alors évitée ?
JBB : Elle serait en tout cas davantage prévisible, et donc mieux anticipée et contrôlée.

SAS® Enterprise Risk Management (ERM)
SAS met à disposition des entreprises et institutions un système qui détecte les opérations de financement et les transactions supposées illicites. Objectif : instaurer une véritable culture de gestion du risque. SAS se distingue ainsi par sa capacité à appréhender de manière globale la gestion du risque, car il est de plus en plus difficile de gérer efficacement le risque dans une logique départementale. SAS ERM permet de gérer le risque à tous les niveaux de l’institution par le biais de solutions totalement intégrées, ce qui limite les pertes et favorise l’exploitation d’opportunités moins risquée. Cette solution intègre des fonctionnalités couvrant cinq domaines : le risque de crédit, le risque de marché, le risque opérationnel, le risque de fraude et la conformité réglementaire. Qui est concerné par cette solution ? Les assurances, les banques et institutions financières, les secteurs de l’énergie et des services collectifs, le secteur public et les télécommunications.

 

BIOGRAPHIE
Jean-Baptiste Bellon

Jean-Baptiste Bellon est analyste financier chez Trapeza Conseil, une société indépendante d’analyse stratégique et de conseil en finance pour l’industrie bancaire européenne qu’il a fondée en 2005. Il a auparavant exercé le métier d’analyste financier pendant plus de vingt ans auprès de différents groupes bancaires, notamment CCF et Deutsche Bank. Il est également membre de la Société française des analystes financiers (SFAF).

 

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Cet article est paru en février 2009 extrait du magazine SASCOM France n°5