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Banques : une nouvelle approche du risque
L’Union européenne a adopté une série de textes obligeant les banques à optimiser la sécurité de leurs systèmes et la gestion de leurs risques. Patrick Le Nôtre, directeur Stratégie du secteur Finance de SAS France, décrypte ces bouleversements réglementaires qui mettent cet univers en effervescence.
Par Romain Hugonnet
Pouvez-vous nous donner un aperçu du nouveau paysage bancaire européen ?
Patrick Le Nôtre : La Commission européenne et la BCE s’efforcent depuis quelques années de donner naissance à une Europe des paiements unifiés, ou Single Euro Payment Area (SEPA). Cet espace unique de paiement en euros devient progressivement réalité, notamment depuis la publication, en novembre 2007, de la directive sur les services de paiement (PSD). L’idée de cette réforme était d’uniformiser les paiements dans la zone euro, sans distinction entre paiements nationaux et transfrontaliers. Du côté des banques, ce bouleversement implique une baisse des commissions que les établissements devront compenser par une diminution de leurs coûts de production et par de nouveaux produits monétiques facturables et rentables. Enfin, cette réforme intervient après les changements initiés par l’accord de Bâle II et la directive Marché des instruments financiers (MIF).
Quelles sont les conséquences de cette nouvelle donne réglementaire ?
PLN : Il y a encore quelques mois, lorsque vous faisiez un virement entre deux banques situées dans deux États européens, vous payiez une commission assez élevée. Aujourd’hui, ce prix est divisé par huit ou dix en fonction de la tarification du marché domestique concerné. C’est une bonne nouvelle pour le client, mais un handicap pour les banques qui utilisaient jusqu’alors les fonds de cette commission dite « d’interchange » pour faire face à trois types de dépenses : les coûts de traitement des filières monétiques, les coûts de gestion et de logistique liés à la manipulation des espèces, et le provisionnement de la fraude, majoritairement liée aux transactions par cartes bancaires.
Dans le même temps, la PSD, tout comme la directive MIF, permet l’arrivée d’acteurs non bancaires sur ces marchés en les autorisant à commercialiser, entre autres services, des cartes de paiement. Enfin, il est maintenant possible en France d’émettre des cartes de « co-branding » liant une enseigne et un établissement financier. La multiplication potentielle des acteurs et des cartes en circulation oblige donc les établissements à redéployer leurs outils de lutte contre les fraudes.
Pensez-vous pour autant que le système bancaire puisse être fragilisé ?
PLN : Le législateur demande surtout aux établissements de s’impliquer davantage dans la sécurité du marché bancaire. Pour preuve, l’un des chapitres de la directive PSD impose aux banques de se doter de systèmes de surveillance efficaces pour lutter contre le blanchiment d’argent. À l’avenir, une banque qui ne se sera pas dotée de tels moyens et dont le délit sera avéré se verra sanctionnée financièrement et désignée publiquement, avec les conséquences que l’on peut imaginer en termes de réputation. Dans ce contexte, les établissements doivent investir dans des systèmes « en quasi-temps réel » de détection de la fraude. Cela devient un enjeu majeur en termes de réputation et de rentabilité.
Comment se prémunir contre les nouveaux risques de fraude ?
PLN : Les banques réagissent parfois en créant des entités spécifiques permettant pour partie de transférer le risque tout en mutualisant les coûts. L’accord de Bâle II oblige par ailleurs les établissements à immobiliser 8 % en fonds propres pour faire face aux risques liés aux encours, sauf si l’établissement a choisi la « méthode avancée ». Enfin, les éditeurs comme SAS ont créé une série de solutions destinées à gérer ces risques. L’inquiétude des établissements tient à la multiplication prochaine des cartes de paiement des clients.
Sachant que la fraude moyenne à la carte bancaire est d’environ 50 à 150 euros, nous sommes face à une constellation de petites fraudes, difficiles à détecter rapidement. Pour y faire face, SAS a développé, avec la banque HSBC, SAS® Fraud Management Card, un système d’interception rapide de la fraude à la carte bancaire. Cette solution a permis à la banque britannique de réduire considérablement les fraudes sur ses cartes aux États-Unis et ce, en améliorant son image commerciale. HSBC déploie aujourd’hui ce système dans l’ensemble de ses succursales à travers le monde. Communiqué de presse : SAS aide HSBC à renforcer sa protection contre la fraude à la carte de crédit
Est-ce que la qualité des moyens de lutte contre la fraude sera un élément déterminant pour les banques ?
PLN : Tout à fait, c’est même une démarche « gagnant-gagnant ». Les clients bénéficieront d’une meilleure protection et les banques progresseront sur le terrain de la transparence et de la réputation tout en obtenant un retour sur investissement important au regard de ce que leur coûte la fraude. Les entreprises bancaires doivent donc imaginer des moyens innovants pour gérer leurs risques. Il s’agit d’une course où les nouvelles réglementations constituent une incitation à la modernisation des systèmes de sécurité.
La qualité avec laquelle une banque gère ses risques sera bientôt une « marque de fabrique » pour un établissement. La gestion du risque s’apparente donc à une réelle opportunité de développement que les banques doivent absolument saisir pour s’affirmer dans cette compétition.
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| Cet article est paru en juin 2008 extrait du magazine SASCOM France n°3 |
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