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Actifs immatériels : les richesses inexploitées des entreprises

Lancé en février 2007, l’Observatoire de l’Immatériel
s’intéresse aux actifs immatériels dans l’entreprise et
à la manière dont ils peuvent être mesurés et développés.
Entretien avec son président, Jean-Marie Descarpentries.

Par Romain Hugonnet

Pouvez-vous rappeler les objectifs de l’Observatoire de l’Immatériel ?
Jean-Marie Descarpentries : L’Observatoire de l’Immatériel est une jeune structure rassemblant des experts et des sociétés (dont SAS) sensibles au potentiel des actifs immatériels des entreprises. Sa création part du constat que ces actifs deviennent de plus en plus importants mais sont paradoxalement très mal représentés dans les bilans des entreprises. L’Observatoire de l’Immatériel se propose donc d’offrir aux entreprises les outils pour identifier, mesurer et faire progresser leur part d’immatériel. En terme de méthodologie, nous avons identifié huit actifs immatériels principaux que sont le portefeuille clients, le capital humain, le capital organisationnel, les systèmes d’information, les partenaires, les marques, les brevets et technologies et les actionnaires. Il convient enfin d’en ajouter un neuvième, le développement durable dont les Anglo-saxons ont coutume de souligner le potentiel avec l’expression « Green is green », associant le vert de l’environnement et celui des dollars…

Pourquoi les entreprises s’intéressent-elles si peu à leur part immatérielle ?
JMD : Il s’agit d’un système « extra-comptable » qui sort des sentiers battus et effraie un peu les gestionnaires classiques. Pourtant, selon une étude de la Banque Mondiale, la part des actifs immatériels de l’économie française s’élève aujourd’hui à 86 %. Les entreprises se focalisent trop sur leur capital matériel qu’elles savent de mieux en mieux maîtriser, sans chercher à comprendre le trésor qu’elles ont entre les mains. Prenons l’exemple du musée du Louvre dont le concept a été récemment vendu à Dubaï pour 400 millions d’euros ! Voilà l’exemple d’un concept, donc d’un actif immatériel magnifiquement valorisé par l’État français alors que le musée lui-même reste, au-delà de sa beauté, un palais difficile à rentabiliser…

Parmi les actifs immatériels, le capital humain semble avoir une place privilégiée à vos yeux ?
JMD : Force est de constater que nous avons un problème avec notre capitalisme. Même si ce système reste le plus adaptable de tous, nous souffrons de l’omniprésence des actionnaires dont le poids a fait naître un « capitalisme financier et court-termiste ». Dans ce contexte, la mondialisation apparaît comme un amplificateur des problèmes que rencontrent les hommes et les femmes au travail. Je pense donc que la prochaine grande étape du capitalisme passera par la double réconciliation du travail et du capital, et de l’entreprise avec ses collaborateurs. Les entreprises gagnantes de demain seront celles qui remettront leur échelle de valeurs en ordre en plaçant l’Homme au premier plan. Prenez le célèbre moteur de recherche Google, cette entreprise offre à chacun de ses salariés un jour par semaine dédié à un projet personnel. Demandez-vous maintenant pourquoi Google est, sur un plan matériel comme immatériel, l’une des entreprises les plus riches du monde ? Autre exemple, 3M où les salariés utilisent 15 % de leur temps de travail à des projets personnels. Cette entreprise est l’une des plus novatrices sur son marché.

Comment ce système managérial peut séduire les entreprises ?
JMD : Je crois que les entreprises ont intérêt à mettre en oeuvre des outils comme la gestion participative ou l’accroissement des compétences des hommes et des femmes. Mettre l’Homme au centre d’une entreprise, c’est valoriser et cultiver des potentiels qui amélioreront rapidement ses résultats. Il est pour cela essentiel d’installer des instruments de mesure des progrès. Le site de l’Observatoire de l’Immatériel propose à ce titre 34 critères et 151 indicateurs de mesure pour que les entreprises de toutes tailles et de tous secteurs puissent évaluer leurs progrès dans les différents champs de l’immatériel.

Quelle est la position des grands décideurs face à ce concept ?
JMD : La plupart des dirigeants et économistes sont encore dubitatifs, voire frileux à l’idée de miser sur l’Homme à une époque où le modèle anglo-saxon triomphe. Pourtant, ils doivent se poser la question que Philippe Korda et moi-même nous sommes posée dans l’Entreprise réconciliée, à savoir : « La mondialisation a-t-elle un sens ? » Et j’espère qu’ils s’apercevront comme nous, qu’elle ne peut se développer que « par et pour les hommes durablement ». Même si des mastodontes économiques comme la Chine ou l’Inde sont loin de cette prise de conscience, les hommes et les femmes doivent devenir les co-bénéficiaires de la valeur ajoutée qu’ils créent. Le partage des richesses créées n’est pas qu’une question d’humanisme mais bien de pérennité des entreprises et donc du système. C’est une vraie bataille du XXIè siècle !

 

BIOGRAPHIE
JEAN-MARIE DESCARPENTRIES

Infatigable prophète du « bonheur dans l’entreprise, qui précède sa performance », Jean-Marie Descarpentries est connu pour ses thèses sur la mesure et la valorisation du potentiel humain qu’il a récemment développées dans l’Entreprise réconciliée, publié chez Albin Michel, coécrit avec le consultant Philippe Korda. Ancien P-DG de CarnaudMetalBox, Ingenico et Bull, il a été distingué en 1989 par le magazine américain Fortune comme l’un des vingt-cinq chefs d’entreprise les plus fascinants du monde. Il est aujourd’hui président de la Fondation Nationale pour l’Enseignement de la Gestion des Entreprises (FNEGE), président de Fondact (association pour la gestion participative) et de l’Observatoire de l’Immatériel.

www.observatoire-immateriel.com

 
 
Cet article est paru en décembre 2007 extrait du magazine :